Témoignages collège & lycée

Mary, 14 ans, ex-enfant prostituée. Philippines

Je me suis échappée du bar il y a quatre mois. J’étais forcée de me prostituer depuis deux ans. J’ai trois soeurs. Mes parents étaient trop pauvres pour nous nourrir tous, et ils ont accepté que je parte dans une famille pour être femme de ménage. Je n’avais pas le choix, c’est normal d’aider ses parents. C’est une voisine qui m’a emmenée. Nous sommes allées à Albay, au sud de Manille. Elle m’a conduite dans un bar et là, le patron lui a donné de l’argent et elle m’a laissée seule. J’étais terrifiée et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Le patron m’a dit que j’étais là pour coucher avec des hommes et que si je ne faisais pas ce qu’il voulait il enverrait des gens faire du mal à mes parents et à mes soeurs. Je devais satisfaire plus de dix clients par jour. Si je rechignais ou que j’étais malade j’étais battue ou violée. Je n’avais pas le droit de sortir et je ne touchais aucun argent. J’ai eu de la chance car un client s’est attaché à moi et m’a aidée à m’enfuir. Maintenant, j’ai trop honte pour rentrer chez mes parents. Je suis malade et je n’ai pas d’argent à leur donner. J’ai dénoncé mon patron à la police pour qu’elle sauve les autres filles qui étaient prisonnières avec moi. J’ai trouvé refuge auprès d’une association. J’ai une chambre, ils me donnent de quoi me soigner et je réapprends à lire, à écrire et à compter. Je voudrais devenir marchande de légumes pour pouvoir aider mes parents et avoir une vie normale. Chaque nuit, je fais des cauchemars. Je revois les visages des clients. J’ai peur que le patron me retrouve et qu’il me tue. Les hommes ne devraient pas avoir le droit de nous faire mal comme cela. »

page 58 de Le travail des enfants, M. Hélary, Milan Jeunesse, 2009

Raju, 12 ans, prostituée. Inde

Depuis quatre ans, je gagne de l’argent en couchant avec des touristes. Ils me paient entre 80 cents et 3,20 euros par jour et me font parfois des cadeaux. J’ai déjà eu une montre et des vêtements pour ma famille. Un Français a même promis de m’acheter un vélo. Il faut juste être gentille et les laisser faire ce qu’ils veulent. Je vis dans un bidonville de Pentakata, à Puri, avec ma mère, mon frère et mes deux soeurs. Si je n’allais pas avec des étrangers, ma mère serait obligée de le faire pour nous faire vivre. J’ai beaucoup pleuré les premières fois, car ça me dégoûtait et c’était douloureux. Maintenant, je le fais sans y penser, c’est une habitude. Ici, je n’ai pas d’avenir. J’espère qu’un touriste finira par m’emmener avec lui. Comme ça, je trouverai du travail et enverrai de l’argent à ma mère. »

page 44 de Le travail des enfants, M. Hélary, Milan Jeunesse, 2009

Maria, 16 ans, prostituée. Roumanie

Je suis née dans une ville de province. Il y a deux ans, j’ai répondu à une annonce pour être fille au pair dans une famille riche de la capitale. Mes copines m’ont dit de me méfier et d’en discuter avec ma mère. A la radio ou à la télé, on parle souvent des filles de la campagne à qui l’on promet un emploi et qui sont envoyées dans d’autres pays comme prostituées. J’ai décidé de prendre le risque. De toute façon, je pensais n’avoir aucun avenir si je restais.

A la gare, un couple est venu me prendre pour me conduire dans une maison en banlieue où il n’y avait que des hommes.

Pendant des jours, j’ai été violée et battue. Ça ne s’arrêtait pas. A la fin, j’acceptais de faire ce qu’ils voulaient.

Ils m’ont laissée tranquille quelques jours, puis un homme est venu. Les trafiquants lui ont donné mes papiers. Dans la voiture, il m’a dit qu’il m’avait achetée et qu’il allait me prostituer pour se rembourser. J’avais peur qu’il me batte de nouveau.

Je travaille dans son club. C’est à la fois un bar et une discothèque, avec des chambres au-dessus. On est cinq à six filles, parfois dix. On fait boire les clients, on discute avec eux et on les accompagne en haut quand ils le demandent. Impossible de refuser, même si l’homme est saoul et violent ou ne veut pas mettre de préservatif. Une nuit, l’un deux m’a frappée très fort. Le patron m’a obligée à prendre un bain glacé pour que les coups ne laissent pas de traces. Pleins de filles se font blesser, et quand c’est trop grave, ils les balancent aux urgences ou les laissent dans la rue. Beaucoup se droguent pour tenir. Moi, je ne veux pas, car je serais complètement prisonnière.

Je suis sûre que je vais finir par être contaminée par le Sida ou une autre maladie.

Il m’est arrivé de recevoir treize hommes en une seule nuit. Je ne ressens plus rien, c’est comme si c’était un autre corps que le mien. J’ai honte de m’être laissée prendre. Parfois, je pense que je n’ai que ce que je mérite. Je ne vois pas qui pourrait m’aider. Je me méfie de tout le monde. Je ne parle jamais à personne. Je ne peux pas aller à la police, puisque je suis prostituée. Ils ne feront rien pour moi et me mettront en prison.

pages 42-43 de Le travail des enfants, M. Hélary, Milan Jeunesse, 2009

Bernadette, 14 ans, prostituée. Ghana

J’ai vécu dans un petit village jusqu’à l’âge de 12 ans. Mon père est mort et ma mère ne gagnait pas assez pour s’occuper de moi. Alors, elle m’a envoyée à la ville. J’ai commencé comme porteuse près des marchés, mais les objets étaient très lourds et je gagnais moins de 2 euros par jour. Une copine m’a dit que je pourrais gagner jusqu’à 35 euros par soir en couchant avec des hommes. Alors je suis allée voir la propriétaire d’un bordel et j’ai eu mon premier client à 12 ans. Certaines nuits, je couche avec cinq, six, huit hommes. C’est affreux. Je pleure beaucoup.

Mes copines se droguent pour tenir, mais moi, je n’aime pas ça. Je prends 5 dollars quand ça va vite, 10 dollars quand ça dure une demi-heure ou une heure. Je verse 10 dollars à la propriétaire pour avoir une chambre. J’envoie ce qui me reste à ma mère. Elle ne sait pas ce que je fais. Je ne vois pas comment arrêter. »

Le travail des enfants, M. Hélary, Milan Jeunesse, 2009

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